21/08/2011

Le 12 avril 1991

Bernadette Théwissen.

Si René n’était pas passé à la télévision française, le 12 avril 1991,

notre association et notre revue n’auraient pas évoluées de la même façon.

Ce passage a donc été un tournent décisif.

Il mérite d’être partagé.

Comment quelques minutes d’antenne peuvent-elles bouleverser tant de vies ?

A l’occasion des 25 ans, Bernadette partage avec vous ce moment exceptionnel.

 

Toute vie est parsemée de bouleversements, parfois très grands. Au départ, s’ils nous semblent incroyables, voire insurmontables, nous prenons très vite conscience de leur bien-fondé. J’en ai connu pas mal dans ma vie et je ne regrette aucun d’entre eux, au contraire.

En fait, ces obstacles ne sont rien d’autres que des expériences sur le chemin de notre évolution afin de devenir ce que nous sommes réellement. Ils font partie également des expériences qui doivent être vécues par notre entourage afin qu’il évolue à son tour.

Il existe cependant des changements qui nous donnent l’impression de subir un raz de marée. Le passage de René à TF1, le 12 avril 1991, m’a fait cet effet-là.

Notre couple a du s’adapter à un rythme soutenu que, personnellement, j’étais loin d’imaginer. Comme quoi, il n’est jamais judicieux de vouloir deviner l’avenir, comme le précisait d’ailleurs René : vous serez toujours à côté de la plaque.

Aujourd’hui, je partage avec vous ce moment fort dont le souvenir m’émeut toujours autant et confirme, ô combien, les voies du Seigneur sont impénétrables.

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Ce 12 avril, l’émission, enregistrée la semaine dernière, passe sur antenne. Assise confortablement aux côtés de René, mon impatience est palpable. Quant à René, calme et détendu, il dégage la satisfaction d’atteindre un but préparé de longue date.  

Vers 22 heures, nous découvrons enfin la séquence. Dans un premier temps, Frédéric François présente son invité et relate l’aide dont il a bénéficié.

Comme ce soir, René dégage une sérénité apaisante. Son regard exprime son besoin d’aimer et de donner. A ses côtés, les quatre témoins, sollicités par TF1, font de même. Les minutes passent. Les témoins prononcent leur petite phrase et René peut enfin s’exprimer durant 3 minutes. C’est peu mais pour la télévision c’est beaucoup.

Ici, j’ouvre une petite parenthèse : sur un plateau de télé, l’invité n’a pas le droit de prendre des initiatives. Avant d’entrer en scène, vous recevez une feuille de route où toutes les étapes sont décrites de seconde en seconde et on vous les explique encore de vive voix. C’est même impressionnant de voir à quel point, cette interview est orchestrée dans les moindres détails.

Ce soir, je prends conscience que, pour René, une seule chose prime : que son message soit bien perçu afin qu’il puisse aider un plus grand nombre. Le reste - la reconnaissance, les honneurs, la gloire - il s’en désintéresse totalement.

A l’instant même, où nos coordonnées s’affichent au bas de l’écran, le téléphone se met à vibrer.

A l’autre bout du fil, une dame me demande comment recevoir l’aide de Monsieur Théwissen ?

J’en reste pantoise. Je crois rêver. Où allons-nous ?... Et bien, vers une nuit prédestinée à répondre aux nombreux appels.

Sept heures, le lendemain matin, je me rends dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner. Au moment où je pose ma main sur la courroie du volet, je souris au souvenir de cet homme qui a appelé à 3 heures du matin et à qui j’ai demandé gentiment :

- Vous ne dormez jamais ? 

- C’est encore trop tôt.

- Mais d’où téléphonez-vous ? 

- De Port de France.

- Ah bon ! L’émission va jusque là ? 

- Et bien au-delà, Madame.

Quelle nuit ! Je me console en me disant : Ouf, elle est derrière nous.

Confiante dans cette nouvelle certitude, je lève le volet avec insouciance et… stupeur à nouveau… Je me retrouve face à une pelouse noire de monde.

Ces gens, Français pour la plupart, ont roulé toute la nuit, à la recherche d’un apaisement à leur souffrance, à la quête d’un espoir.

Combien sont-ils ? 100, 200… Je ne peux les compter car j’ignore encore qu’il y en a autant dans la rue.

Là, je panique totalement. Que dire ! Que faire ! René ne peut les recevoir tous.

Quant à mon cher époux, il dort profondément. Je dois pourtant le réveiller alors qu’il ne s’est accordé que deux heures de sommeil en fin de nuit. Cela m’attriste mais ma panique fait office de loi.

L’excitation que je dégage en entrant dans la chambre suffit à lui ouvrir les yeux et il se retrouve nez à nez avec mon visage abasourdi. Il s’empresse de me taquiner : ta tête vaut le détour.

- Mon chou, ces gens ont roulé toute la nuit. Quelle affaire ! Ils sont des dizaines à attendre dehors. Que dois-je faire ? 

Très vite, sa sagesse reprend le dessus :

- Du calme... Tu le sais… Chaque problème trouve sa solution. Nous allons nous organiser, pour commencer : embrasse-moi. 

Je m’exécute avec grand plaisir et il ajoute :

- Tu vas les accueillir avec ton beau sourire. Sois chaleureuse, ces gens souffrent. Ensuite, demande-leur de nous laisser le temps de prendre notre petit déjeuner et de promener notre chien Gamin. Après on s’occupera d’eux. 

Devais-je encore m’étonner de sa maîtrise ? Celle-ci d’ailleurs m’apaise déjà. Néanmoins, mon étonnement continue à s’amplifier d’heure en heure.

En bonne collaboratrice, je m’empresse d’exécuter ses conseils, alors que le téléphone continue à sonner. Malgré ma bonne volonté, trop c’est trop et je m’exclame :

- Mon chou, je ne sais plus où donner de la tête.

Pour me détendre, René s’amuse à nouveau de mes réactions :

- Dommage qu’on ne possède pas une caméra. Tes réactions valent la peine d’être filmées. Si je t’avais avertie de ce qui nous attendait, tu aurais paniqué et tu te serais tracassée. Tu aurais ainsi perdu une partie de l’énergie dont nous avons grandement besoin aujourd’hui. Détends-toi. Respire bien à fond. Je te le répète, il n’y a pas de problème sans solution. C’est en connaissance de cause que j’ai accepté de passer dans cette émission. Je suis à même d’assumer. De plus, je ne suis pas tout seul. Quand le Ciel te demande d’accomplir une tâche bien définie, il s’arrange pour te donner l’aide adéquate. Donc, reprends-toi et tout ira bien.

Je l’écoute tout en observant ces personnes au-dehors. Elles sont calmes, certaines semblent résignées, d’autres sont introverties, à l’écoute de leur souffrance.

Une autre réalité alors me saute aux yeux que je partage avec René :

- Notre société est-elle à ce point mal organisée, qu’elle engendre une telle détresse humaine ? 

- En quelques mots, tu viens de résumer la situation. C’est pourquoi, nous sommes là. Durant, les cinq dernières années, je t’ai préparée à répondre à ce surcroît d’appels à l’aide. A partir d’aujourd’hui, tu vas pouvoir donner ta pleine mesure. Je m’y attendais. Seulement, j’ignorais que ce serait aussi rapide. Dans trois jours, tu verras, on aura trouvé notre rythme. Laisse-moi le temps de me retourner.

Et ce fut le cas.

En rentrant d’avoir promené Gamin, je découvre ma sœur qui répond au téléphone et j’écoute René qui me précise :

- Sur l’autre ligne, je suis en train de prévoir ce qu’il nous faut. Veux-tu t’occuper des gens qui attendent ? 

- Mais je suis en pyjama !

- Moi aussi, on attendra une accalmie pour s’habiller.

C’est seulement vers 14 heures que j’enfile une tenue décente.

Il aura suffit de 8 minutes d’antenne sur une chaîne à grande écoute pour que notre vie passe à la vitesse supérieure. Elle sera dorénavant liée à la réalité d’une société en pleine souffrance. Pour moi, c’est une première. De l’avoir vécu en direct, j’en garde un souvenir aussi impressionnant qu’ému.

Durant les années qui ont suivi, des dizaines de milliers de personnes se sont présentées à notre porte. Elles arrivaient de tout horizon, 68 pays différents et de tout milieu social. Au début, le facteur nous apportait 25.000 lettres par jour. Les membres de l’association Les Amis de René Théwissen se sont mobilisés pour nous apporter une aide efficace. En huit ans, nous avons reçu plus de 3.500.000 lettres auxquelles nous avons répondu. 

Chaque jour m’a apporté une leçon de vie différente mais aussi un message d’amour et d’espoir. Au contact de la misère humaine, j’ai partagé un enrichissement sans précédent. Des hommes, des femmes et des enfants sont tombés dans mes bras et ont partagés leur désarroi me faisant ainsi découvrir l’ampleur et la diversité de la souffrance terrestre.

Cette période m’a permis d’avancer tant sur le plan moral, que physique et psychique. Ma vision de la vie  a évolué. Les valeurs essentielles sont devenues ma priorité : amour, partage, tolérance, simplicité, don de soi…

L’enrichissement de cette période a aussi laissé des traces au sein de notre association. Ceci explique son évolution et son changement de dénomination. Tous les membres étaient devenus LES Amis de René.

Aujourd’hui, je souhaite que nous restions toujours un des maillons de cette longue chaîne d’entraide et de partage. Nous avons tous tellement  d’Amour à donner.

Bonne route à tous et bon vent à notre Entre Amis.

 

 

 

(prochain rendez-vous le 24 août à 10:00)

11:30 Écrit par Les Amis Ren dans Amour, Général, Loisirs, Musique, N° 74, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0)