12/03/2014

Le territoire, un espace vital

Par  Bernadette Thewissen


La vie est étonnante. Le comportement de l’humain l’est parfois tout autant..


De tout temps, nous entendons parler du respect du territoire. Selon le contexte, ce mot désigne aussi bien le territoire ennemi, celui d’un pays, de l’Eglise ou des autres religions, d’un juge, de la justice, de l’Etat. Ou bien, il s’agit de l’aménagement d’un territoire assigné à une tâche bien précise, etc. On retrouve même cette expression en médecine, telle que, par exemple, la douleur dans le territoire du nerf sciatique.

En certaines circonstances, défendre le territoire à n’importe quel prix peut déclencher pas mal de conflits.

Ce constat révèle un autre comportement plus personnel car aux yeux de certains le : ma voiture, ma maison, mon jardin… exprimés sur un ton de possession, avertissent clairement que vous n’avez pas intérêt à souiller mes plates bandes.

le territoire, un espace vital 1.jpgComme quoi, ce petit mot de quelques lettres est largement emprunté pour défendre une appropriation de quelque chose, que ce soit dans la vie nationale, sociale ou privée.

Mais, si nous voulons que les mentalités extérieures changent, il est indispensable de se changer soi-même. C’est pourquoi, j’ai choisi d’évoquer un problème de base : le respect de l’espace vital dans la vie d’un couple.

C’est marrant de constater l’importance d’attribuer une chambre à l’enfant, son chez lui. L’enfant jouit ainsi de son propre univers, garni parfois avec excès, où il évoluera selon sa propre personnalité.

Est-ce indispensable à son épanouissement ? Je ne le pense pas car, avant toute autre considération, le sens des valeurs essentielles commence par le comportement positif des parents afin d’offrir à l’enfant les repères qui l’aideront à s’épanouir dans sa vie d’adulte.

 

Malheureusement, à force d’accorder de l’importance au confort de l’enfant, les parents ont tendance à s’oublier eux-mêmes. Certains font même l’erreur d’être parents au détriment de leur relation amoureuse. Or, les enfants ne font que passer dans un foyer. Après leur départ, le couple se retrouvera face à face, d’où l’importance d’entretenir le dialogue, le respect, le don d’aimer et de s’aimer.

 

Ce court rappel de l’essentiel me sert d’entrée en matière pour rappeler l’importance de l’espace vital de chacun. Il est le territoire de leur survie et il se définit en fonction de la personnalité de chaque conjoint. Lorsque l’homme voit, par exemple, son espace de survie diminuer au-delà de son entendement, les problèmes ou les conflits apparaissent et ils risquent de provoquer de l’agressivité ou un sentiment de rejet.

Grâce à René, j’ai pris rapidement conscience de cette évidence. Je partage avec vous ce moment privilégié.

Nous venions d’emménager ensemble. En bonne épouse, je me suis inquiétée de ses attentes. J’ai donc veillé à lui réserver un espace vital dans la salle de bain, dans le salon/bureau, dans la chambre mais je n’ai jamais pensé faire de même dans la cuisine.

Et un beau matin, René assis à la table, sirotant son café, m’exprime son mal-être :

- Mamée, dans cette pièce, je ne me sens pas chez moi. Pour moi, il s’agit de ton domaine car c’est toi qui fais à manger, qui dresses la table, qui laves la vaisselle et moi, j’ai l’impression d’être un touriste en visite sur ton territoire. Cela me gêne.

Après le moment de surprise passé, je me suis inquiétée de ses désidératas et là, mon étonnement fut plus grand encore :

- Oh, je ne demande pas grand-chose. Libère-moi seulement un de tes tiroirs pour que je puisse y déposer mes petites affaires et ce sera parfait.

- Un grand, un petit ?

- Peu importe, je ne suis pas exigeant.

- Celui à la droite du buffet te convient-il ?

- Parfait et merci

Après avoir accompli ce petit geste, ma cuisine est devenue sa cuisine. Magique, n’est-ce pas ? Ce fut ma première prise de conscience à propos de la nécessité d’accorder à l’autre son espace. Par la suite, ce sont les confidences des uns et des autres qui ont approfondi mes connaissances sur la question et je suis arrivée à cette conclusion :

Nous partageons le même lit, heureusement et la salle de bain, parfois le même compte en banque… Inévitablement, on ne cesse de se croiser, de se recroiser et à la longue cela risque de devenir étouffant. D’où la raison de veiller à respecter l’espace vital de l’autre. Que celui-ci soit petit ou grand, peu importe mais il sera l’endroit où le conjoint ne viendra pas y pousser son nez, n’aura pas le droit de critiquer, ne s’autorisera pas à y déposer ses effets personnels. De plus cette conception de vie approfondit la notion du respect de l’un envers l’autre.

Chaque conjoint a besoin de respirer par lui-même, tout en accompagnant l’autre sur le chemin. Cette forme de respect allège également l’atmosphère du foyer : exister par soi-même, tout en restant attentif au bonheur de l’autre.

A notre époque, l’empiètement d’un territoire sur l’autre va hélas plus loin

Je prends le GSM pour exemple. Il permet de suivre le conjoint dans ses moindres déplacements, même l’ambiance d’une grande surface en est perturbée. J’étais en train de déambuler sereinement entre les rayons et une sonnerie de Gsm me fait sursauter.le territoire, un espace vital2.jpg

Avant de décrocher, l’homme s’accorde un soupir afin de se libérer quelque peu de la tension provoquée par cet appel et moi, bien malgré moi, je suis le témoin du dialogue qui suit 

- Où es-tu ?, demande l’interlocutrice.

- Au rayon des petits-pois, je cherche le bocal inscrit sur ton papier, répond-il agacé.

Je me demande d’ailleurs pourquoi cela arrive toujours au rayon des petits-pois. Quoiqu’un jour, j’ai dérangé notre cher Président pour un renseignement urgent. Lui, il était perché au haut d’une échelle afin de saisir l’article que son épouse avait repéré. Là, elle ne risquait pas de l’appeler car elle se trouvait à ses pieds… Fermons la parenthèse et poursuivons le fameux dialogue, dont je suis témoin :

- Tu en as encore pour longtemps parce que les tâches t’attendent à la maison ?

- Je l’ignore, tout dépend du passage à la caisse mais ne te tracasse pas, je t’aiderai.

Et on devine que cette réponse ne plait pas du tout à l’interlocutrice car à la réponse suivante le ton monte d’un cran :

- Ecoute, je ne peux pas être au four et au moulin, s’exclame l’homme rouge de confusion. Alors, laisse-moi finir les courses en paix et après on verra.

Et il raccroche furieux de s’être donné en spectacle. Un bel exemple où l’espace de l’un est envahi par l’exigence de l’autre.

De nos jours, l’espace vital dans le couple semble se rétrécir à vue d’œil, alors que chaque conjoint a besoin de respirer par lui-même, d’avoir une activité annexe, d’avoir envie de faire quelque chose de spécial, d’inédit ou d’approfondir des sujets que l’autre n’apprécie pas nécessairement.

La vie d’un couple est une conquête permanente : surprendre l’autre positivement, veiller au bonheur de l’autre, entretenir le dialogue, l’encourager dans ses initiatives, le féliciter, l’aimer, l’admirer… Le don d’amour appelle le don d’amour en retour. D’où l’importance d’entretenir une relation respectueuse de la personnalité de l’autre.

Si le couple ne développe pas la tolérance, la patience et le respect de l’autre, comment notre société va-t-elle renouer avec la tolérance, le don de soi, la joie d’aimer et de donner ? Comme quoi, nous avons de quoi balayer devant notre porte !

Après l’envol de René et pour la première fois, j’ai ouvert ce petit tiroir afin de le libérer de son contenu. A ma grande surprise, il était vide. Devais-je m’en étonner pour autant ?

Non car son territoire s’est étendu jusqu’au sol. Endroit où René rangeait ses chaussures et ses pantoufles. Quant à son chausse-pied, il ornait le coin du meuble.

Comme quoi, le cheminement de pensées du conjoint n’est pas nécessairement le vôtre. Une raison supplémentaire pour que nous respections sa façon de vivre et de ressentir les choses. La récolte sera du bonheur pour tous les deux.

07:33 Écrit par Les Amis Ren dans N° 81 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.