02/10/2013

Grâce à qui ?

Les étapes fortes qui m’ont encouragée à aller de l’avant.

Par Bernadette Théwissen 

Je suis née juste après la seconde guerre mondiale. Une époque où les manifestations de tendresse parentale ne s’exprimaient pas dans le sens où notre société l’entend aujourd’hui et dont elle prône les bienfaits, à savoir : câlins, gâteries, liberté d’expression... 

 

 

Comme dans bien d’autres familles de l’époque, je partageais le nid avec quatre frères et sœurs, dans un confort matériel qui progressait petit à petit, d’année en année, au rythme des moyens familiaux.

Mes parents travaillaient dur pour nouer les deux bouts. Nous, les enfants, si nous ignorions l’état de leurs finances, d’instinct, nous avons toujours su que rien n’est donné, qu’il fallait b e a u c o u p  t r a v a i l l e r, qu’aucun objet ne se jetait, que tout pouvait encore servir sous une autre forme, que les vêtements se raccommodaient et se transformaient.

Dès l’âge de 8 ans, nous avons accompli des petites puis des grandes tâches afin de collaborer au bien-être du foyer et de prendre ainsi conscience de la valeur de l’argent.

grâce à qui1.jpgMais par moment, je le reconnais, papa y allait un peu fort.

Imaginez une enfant de 10 ans, face à une machine à broyer les tourteaux. Sa grande gueule ouverte montre des dents qui me paraissaient monumentales. Papa, mi souriant, mi sévère, m’a

initiée en ces termes :

- Tu prends une plaque de tourteaux. Tu la pousses dans la gueule duloupetilvala manger. Fais très, très attention. Tu pousses la plaque comme ceci et la machine se charge de l’aspirer. Si tes mains vont un millimètre plus loin, tu n’auras plus de bras. Comme personne n’a le temps de te surveiller, tu es la seule à pouvoir les sauver. Il en était de même pour ensacher la farine blanche en colis de 1 – 2 ou 5 kg.

- Attention ! Pas un gramme hors du sachet et pas un gramme de trop ou de trop peu dans le sachet. Tu es responsable du bon déroulement de cette opération. Jean viendra vérifier et, tu le connais, il me met au courant de tout.

Et voilà, la trouille au ventre, j’apprenais à me concentrer et à me responsabiliser.

Si nous faisons une brève comparaison avec les méthodes de l’éducation et du développent de l’enfant d’aujourd’hui, nous pourrions dire que nous grandissions au petit bonheur la chance, alors que ce n’était pas le cas. Même si nos parents

ne faisaient pas grand cas de nos humeurs, leurs encouragements du genre : débrouille- toi. Quand on veut, on peut. Il suffit de le vouloir et on y arrive, nous stimulaient.
Comme à l’âge de cinq ans, quand maman m’a encouragée à recoudre le bouton qui tenait la lanière de ma pantoufle. Le résultat : de gros nœuds, plus gros que le bouton, dont leur solidité a résisté à toute épreuve. Qu’est-ce que j’étais fière !

grâce à qui2.jpgLes règles strictes de mes parents étaient parfois lourdes à porter, d’autant plus qu’ils s’exprimaient peu, qu’ils ne se préoccupaient pas de nos états d’âme, qu’ils ne s’attardaient pas sur nos contrariétés. En revanche, en cas de problèmes majeurs, là, ils déployaient eurs ailes afin de nous protéger et apportaient la solution.

C’est ainsi que nous avons pris très tôt conscience que leur manière d’agir, de travailler, de se battre dans l’adversité, étaient un exemple à suivre.

Je n’ai pas fait de grandes études et je dis bien souvent : mon éducation s’est faite grâce à l’observation, l’écoute, la lecture et, le travail afin de combler mes lacunes. D’instinct, j’appliquais déjà cette pensée de René : Si tu penses ne pas avoir de dons, travai'e et tu en découvriras.

Je me souviens que, roulant dans un train vers Rome, avec mon mouvement de jeunesse, une monitrice m’a dit : apprends à écouter les autres, à les observer et à les comprendre. Je n’avais que 16 ans et se fut ma première leçon de vie.

Un an plus tard, la deuxième leçon est de celles qui aident à s’aguerrir. A 6h00, ce samedi-là, la maisonnée est réveillée par des coups frappés à la porte, accompagnés de cris : l’usine de mon père, d’aliments pour le bétail, était en feu.

Il me revient un détail surprenant : tremblant des pieds à la tête, je m’obstinais à vouloir attacher mon soutien gorge, alors que mon père s’acharnait déjà à sauver ses camions du feu. Les flammes prenaient une telle ampleur qu’il criait aux pompiers : protégez les bâtiments des voisins et le bureau afin de sauver la comptabilité. Pour le reste, c’est trop tard. De la fenêtre, j’observais cet homme qui s’était élevé à la force des poignets et qui, en une paire d’heures, avait tout perdu.

Quelques heures plus tard, assis sur une chaise de la cuisine, les deux coudes posés sur ses genoux et la tête enfouie dans ses mains d’homme de labeur, papa était plongé dans ses pensées. Pas une larme, pas une plainte, pas un cri ! Il réfléchissait.

Du haut de mon ignorance, j’observais cet homme qui avait tout perdu et je m’interrogeais sur la façon de faire face à un tel désastre. Pendant ce temps, maman ne cessait de répéter : Jef, qu’a'ons-nous devenir ? J’avais envie de crier : tais-toi mais, en même temps, je la comprenais car nous étions 7 bouches à nourrir.

Papa s’est redressé. Il a respiré profondément puis il a ouvert la porte pour sortir à l’extérieur. Avant de refermer celle-ci derrière lui, il s’est retourné, a regardé son épouse et lui a répondu : Lulu, je n’en sais rien mais il y a une chose dont je suis sûr : lundi, j’aurais trouvé les solutions. Apaise-toi et ce fut le cas.

Ce jour-là, j’ai compris qu’aucune épreuve ne peut, ni ne doit nous anéantir. Il faut relever la tête immédiatement, prier le Ciel pour être guidé vers la solution et ainsi éviter de s’enfoncer davantage.

Ces quelques faits donnent un aperçu suffisant de mon enfance et très longtemps après, j’ai mesuré le bien-fondé de ces exigences et de ces expériences.

Est-ce que mes parents étaient parfaits ? Ils ont fait des erreurs, leurs principes comme leurs exigences m’ont fait souffrir. Pourtant, je les remercie aujourd’hui d’avoir été les premiers à me guider sur le chemin de la vie. D’où la raison de rappeler souvent, qu’il n’existe pas d’enfance parfaite, ni de parents parfaits. L a sou(ance de l ’enfance aide à grandir et à se construire. R emercions qu’il en soit ainsi.

Oh, mais l’apprentissage se poursuit bien au- delà !

grâce à qui3.jpgA 20 ans, déjà dans la vie active depuis 2 ans, j’ai pris conscience que mon éducation, protégée du monde extérieur, m’avait éloignée de la réalité de la vie. C’est alors que j’ai décidé d’aller à la rencontre des autres afin de découvrir ce que le milieu bourgeois, dont je suis issue, m’avait caché.

C’est ainsi que j’ai intégré diverses associations sportives et que je suis partie, une quinzaine de fois, en vacances, seule. Ces décisions m’ont permis de découvrir différentes couches de la société, d’apprécier l’intelligence du cœur, la générosité, la simplicité... Cette initiation, une bénédiction, m’a permis de m’enrichir intérieurement et de m’ouvrir de plus en plus aux autres.

Que ce soit en Belgique ou à l’étranger, j’enregistrais ce qui se passait autour de moi et je me disais : R etiens ceci Bernadette, ça te servira. Par contre, ceci ou cela, tu ne le feras pas, ça tu ne le diras jamais. Là, tu éviteras un tel jugement. Là, tu ne reproduiras pas un tel geste ou tu t’abstiendras d’une te'e réflexion... et, ainsi, pas à pas, je me suis construite également grâce aux qualités et aux imperfections des autres.

Au fond, ne serions-nous pas, chacun à notre niveau, le coach de quelqu’un d’autre ?

Et ainsi, petit à petit, un pas après l’autre, j’ai avancé sur le chemin jusqu’au jour où j’ai rencontré René Théwissen. Vous connaissez la suite. Est-ce que René était un coach avant l’heure ? Je me contenterais de préciser qu’il était un maître spirituel, même s’il était trop humble pour en faire état.

René croyait en l’espèce humaine. Il aimait son prochain. Il était un exemple d’amour, de force, de courage et de discipline de vie. Il se dégageait de lui une force spirituelle peu commune et qu’il mettait au service d’autrui. Chacun était libre de prendre ce qui lui convenait dans l’instant présent ou de rejeter tout en bloc. Ainsi, la liberté de chacun était respectée.

Suivre son enseignement et son exemple a éveillé en moi des qualités insoupçonnées. Il répondait également à une attente intérieure ressentie depuis la plus tendre enfance.

A ses côtés, j’ai appris plus en l’observant qu’en parlant avec lui car un Maître spirituel vous suggère de vous placer à ses côtés et de constater par vous-même. Comme bien d’autres, c’est ce que j’ai fait.

De plus et en tant qu’épouse, pour s’adapter à la discipline de vie de René, il fallait avoir connu des exigences depuis l’enfance. Comme quoi tout a sa raison d’être, tout est lié car hier et aujourd’hui, préparent demain.

Depuis lors, et je le rappelle souvent, j’ai constaté que le bonheur passe par la discipline. Sans elle, sans exigence envers soi-même, sans remise en question, il est bien difficile d’être heureux.  

 

 


07:43 Écrit par Les Amis Ren dans N° 80 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.