21/08/2013

Gardiens de trésors

Par Jorges Prunes


Il n'existe plus de Terres inconnues à découvrir et ce, depuis longtemps déjà. Même si le Monde est cartographié avec une précision jamais atteinte auparavant, il subsiste malgré tout des zones moins connues, moins étudiées. Ces régions ne sont pas encore explorées en profondeur en raison de leur superficie, parfois très importante, ou en raison d'un accès difficile. 


Certains lieux ou certaines régions sont exceptionnels au niveau de la biodiversité, des espèces endémiques qui y vivent ou tout simplement à cause de la beauté des paysages. Ces zones doivent êtres décrétées en Parcs Nationaux ou Aires Protégées. Il convient de les préserver pour les générations futures.

Le tout premier Parc National a été créé aux Etats-Unis en 1872, par le président Grant. Dans le but, je le cite : d'en faire un lieu exempt d'exploitation mercantile, voué à la satisfaction du peuple. C'est le parc du Yellowstone, dans le Wyoming.

Aujourd'hui, chaque pays compte au moins un Parc National sur son territoire. Toutefois, il ne consacre pas à ces zones protégées une surface proportionnelle à sa superficie géographique ou à sa démographie.

Ainsi, la France et ses DOM TOM, pays vaste s'il en est au niveau de l'Europe, compte plus de 60 parcs nationaux et réserves naturelles, ce qui représente entre 3,5 et 4,0 % de sa superficie. Le Canada, quant à lui, ne compte que 42 parcs nationaux qui couvrent une surface égale à 4 fois la France Métropolitaine. Bien que cela semble impressionnant, c'est à peine 2,0 % de la superficie du Canada.

Après sa création en 1945, l'Unesco a eu pour souci majeur la paix dans le monde. Mais depuis la fin des années 50, elle ne cesse de se préoccuper des graves problèmes que posent la conservation de la nature et de ses ressources.

L'Unesco décrète régulièrement que tel site naturel, tel lieu historique, telle zone remarquable mérite d'être classé au Patrimoine Mondial de l'Humanité et qu'à ce titre il doit être protégé.

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L'initiative est certes louable, mais elle le serait davantage si elle s'accompagnait d'une aide financière pour les pays les plus démunis. En effet, la plupart des pays d'Asie du Sud, d'Amérique du Sud et surtout d'Afrique n'ont pas suffisamment de moyens pour mettre en place des programmes de protection efficaces.

Un des fléaux affectant les parcs nationaux est la capture d'animaux sauvages pour les collectionneurs. Ainsi, chaque année, des dizaines de milliers d'oiseaux, de poissons, de reptiles, de lézards, de petits mammifères sont capturés dans leur milieu naturel pour satisfaire les envies d'exotisme

de quelques égoïstes irresponsables. Mais le plus terrible, c'est que 8,voire 9 animaux sur 10 meurent durant leurs effroyables conditions de transport. S'agissant d'un trafic d'espèces protégées, ces animaux sont dissimulés dans les bagages des voyageurs peu scrupuleux comme une vulgaire marchandise.

L'autre fléau des parcs nationaux est le braconnage. Ce phénomène est peu connu dans l'hémisphère nord, pour plusieurs raisons. D'abord, les gens vivant à proximité des zones protégées ont suffisamment de nourriture. Ensuite, les espèces vivant dans ces zones n'exercent pas autant d'attrait sur les collectionneurs, puisqu'elles sont locales. De plus, ces espèces ne sont pas en voie d'extinction.

En Afrique, hélas, la situation est toute autre. Les petits animaux sont capturés généralement par la population locale, pour compenser le manque de nourriture, ou comme animal de compagnie. Dans ces pays, le fait de détenir chez soi un animal sauvage est considéré comme un signe extérieur de richesse.

Par contre, pour les animaux dont la valeur commerciale est certaine, tels que l'éléphant, le rhinocéros, les grands fauves..., il en va différemment. Les braconniers sont progressivement passés du stade d'amateur, braconnant de temps à autre pour obtenir une rentrée d'argent complémentaire, à celui de professionnel, agissant en bandes organisées, équipés de véhicules tous terrains, de GPS, bref de tout un arsenal de matériel ultra- sophistiqué mais surtout d’armes modernes.

Et les espèces se raréfient...gardien de trésor2.jpg

Face à eux, les gardiens des parcs nationaux, avec pour arme principale la motivation d'enrayer le phénomène et de protéger coûte que coûte les espèces animales qui sont sous leur responsabilité. Leur matériel est vétuste, leur salaire est dérisoire, mais le pire, c'est que leur armement est complètement obsolète, quand ils ne manquent pas tout simplement de munitions.

Chaque année, des dizaines de gardes sont abattus au cours d'escarmouches avec les braconniers, quand ils ne sont pas assassinés dans des embuscades.

L'an dernier, une équipe de gardiens a surpris des braconniers en flagrant délit, les obligeant à abandonner sur place le fruit de leur larcin.

En représailles, les braconniers se sont rendus dans la partie de la réserve qui comprend le siège administratif, les logements des employés, les cages des animaux saisis chez les

particuliers ou les bébés animaux dont les parents ont été tués et ont procédé à un véritable carnage. Le personnel présent au moment de l'attaque a été assassiné, les animaux, souvent des espèces rares et protégées, ont été abattus.

Pourquoi les pays occidentaux ne prennent-ils pas davantage conscience du problème ? Pourquoi restent-ils sans réaction ?

Il est demandé aux pays d'Afrique où vivent les espèces emblématiques de mettre tout en œuvre afin de protéger ce patrimoine universel, alors que la plupart du temps la population n'a pas de quoi se nourrir et n'a pas accès à l'eau potable. C'est utopiste.

Pourquoi nos gouvernements ne montrent-ils pas l'exemple en interdisant la chasse au gros gibier ? On ne peut pas interdire les safaris ? Alors il suffit d'imposer une taxe tellement exorbitante sur l'importation de trophées de chasse que plus personne ne voudra y aller. Et bien entendu ces taxes devraient êtres intégralement reversées aux pays d'où les chasseurs reviennent. Dans le même registre, est-il normal que la personne (en l'occurrence un souverain en titre) désignée

pour assumer la présidence honorifique du WWF soit un chasseur inconditionnel ?

Certaines espèces, tels les crocodiliens, ont survécu au cataclysme qui a mis un terme à l'ère des dinosaures. Dans quelques dizaines d'années, cet animal qui est sur Terre depuis plus de 70 millions d'années et qui a survécu a tout ce qui est possible et imaginable aura peut-

être disparu d'une cause dont nul n'aurait imaginé l'origine : l'Humanus Destructis.

Je n'ose y croire, et je refuse d'y croire. Il est impensable que les générations futures soient obligées de se rendre au zoo pour voir un lion, un éléphant ou un rhinocéros ou au musée pour voir un modèle empaillé.

 

 

07:57 Écrit par Les Amis Ren dans N° 80 | Lien permanent | Commentaires (0)

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